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PLAIDOYER POUR LES FILLES
19 Jan 2022

PLAIDOYER POUR LES FILLES

Post by Femicriture

Le roman Presqu’une vie rappelle les nombreuses entraves dont regorgent nos sociétés africaines et qui sont des handicapes à la scolarisation des filles en Afrique. Il montre par l’exemple de Cika que la détermination, la hardiesse ne suffisent pas pour réussir. Sous d’autres cieux, la volonté peut être un allié inconditionnel de réussite. En Afrique et au Bénin en particularité, d’autres réalités aux serres puissantes peuvent réduire toutes les volontés mêmes les plus coriaces à néant. C’est ce que dénonce l’auteure à travers la bouleversante histoire du personnage principal.

 Carmen TOUDONOU  raconte dans son roman la vie hypothéquée de Cika une jeune fille de famille pauvre promis cependant à un avenir brillant. Cika est la seule fille d’une lignée de cinq enfants.  Très tôt les quatre garçons de la famille abandonnèrent l’école pour suivre les pas de leur père maçon. Cependant la petite endurante et déterminée continuera ses études jusqu’en classe de terminale. Elle était heureuse et fière de cette réussite et entrevoyait sa vie avec beaucoup d’espoir :

« Cette année- là, j’obtenais mon passage en terminale. Et voilà les portes de l‘université ouvertes pour moi. je croyais que tout était possible. »

Mais elle dût abandonner, contre son gré, les classes.

En effet, un soir en rentrant de l’école, elle fut happée par des bras puissants et se retrouva au couvent. La raison en est toute simple. Et c’est le hounnon qui nous l’explique dans le livre : « Tous autant…vous avez été désignés par l’oracle pour devenir les adeptes de notre vodoun… »  et c’est ainsi que du statut d’élève de terminale, Cika était devenue vodounsi. Ce fut pour l’héroïne une expérience fort douloureuse. Ses nombreux rêves chèrement concoctés en un clin d’œil tombèrent à l’eau. C’est là qu’on pèse tout le sens du mot « destin »

« Je m’étais concoctée un bel avenir de pharmacienne ou de médecin. Fini tout cela, parti en fumée comme le pétrole dans le réservoir du azofli . Terminé. Mon nouveau statut était celui de future vodounsi. »

On comprend avec le sort fait à Cika que l’homme propose et Dieu dispose.

Car c’est bien dans ce trou, pendant cette descente aux enfers, pendant que cette enfant déroutée et dégoûtée désespère de la vie, qu’elle rencontre l’amour. Un amour fou et passionné. Mais cet amour sera contrarié par les desseins du père qui la prédestinait à l’instituteur Henri, ce molosse. Non content de la déscolarisation de sa fille, le père en rajoute à son désarroi en lui imposant un homme grotesque et dédaigneux. C’est le comble de l’abus d’autorité fulmine la narratrice. Heureusement que l’amour rencontré au couvent sera plus fort. 

L’angoisse de la narratrice sera plus grande à la sortie du couvent quand elle se rendra à l’évidence de son sort scellé par son statut de vodounsi. Elle nourrissait encore le vœu de retourner en classe après le fâcheux coup du destin : le détour par le couvent. Mais elle s’éveillera à une réalité bien affligeante pour son cœur. L’école africaine n’a pas prévue de place pour elle vodounsi en classe. Le Bénin terre de Vodoun n’a pas pensé à l’éventualité d’un retour en classe d’une fille faite vodounsi en cours de scolarisation… elle s’est sentie dévastée et rejetée. Tout la maintenait des sentiers de l’école. Sa culture l’excluait. Absurde mais vrai.

En fermant le roman Presqu’une vie, j’avais le cœur triste. Je rageais. Je croyais tout savoir de la déperdition scolaire. Je la combattais, je la combats toujours et là je découvre ébahie que je n’en connaissais pas tous les méandres. Je découvre que pour faire perdurer les traditions africaines si chères à mon cœur, qu’il fallait que des destins se brisent, que des rêves s’envolent. J’ai vécu avec l’héroïne sa désillusion. Je me suis mise à sa place. Ce fut atroce. Heureusement que par la magie de l’auteur la flamme de l’espoir est maintenue par l’espérance d’une vie reconvertie. L’apprentissage de l’informatique lui trace un nouveau détour vers l’émancipation.  

Ainsi, Carmen Toudonou  nous montre qu’on peut partir des profondeurs, des abysses de la tradition et affluer vers la lumière du monde moderne. Le fétiche cette valeur de chez nous a le don de confiner, de soustraire l’être à son monde et à ses attaches. Il a changé le destin tout tracé de Cika. Mais déterminée à donner du sens à sa vie, elle la sublime  par le biais de l’informatique. Du couvent au  village planétaire, voilà la prouesse réussie par la brave héroïne de Presqu’une vie pour nous enseigner qu’il ne faut jamais désespérer.   J’ai aimé.

fémicriture,

Passionnément lire!

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